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Publié le par STÉPHANE'S BLOGS

«Baisers cachés», quand une fiction télé parle d'homophobie au lycée 

Dans le cadre de la journée contre l'homophobie, France 2 propose ce mercredi soir une fiction sur deux garçons de 16 ans qui tombent amoureux et qui doivent faire face l'incompréhension, la violence et parfois la haine de leur entourage. 

«Baisers cachés», quand une fiction télé parle d'homophobie au lycée  DR

«Baisers cachés», quand une fiction télé parle d'homophobie au lycée DR

Nathan (Béranger Anceaux) a 16 ans. Dans son nouveau lycée, il croise le regard angélique de Louis (Jules Houplain). Un soir de fête, ils s’embrassent au fond d’un jardin et il semble alors que c’est le moment le plus heureux de sa jeune vie. Tapi dans l’ombre, quelqu’un, dont on ne connaît d’abord pas l’identité, prend une photo et la poste sur Facebook. Sur le cliché, on ne reconnaît que Nathan. Le lycéen doit alors affronter les insultes et la violence de ses camarades de classe, de Louis lui-même - qui sort avec une fille et entend bien ne pas griller sa couverture. Une violence renforcée par l’incompréhension de son père (Patrick Timsit), un policier père célibataire, et par l’incapacité de l’institution scolaire à le protéger. Une violence que Louis, dont l’identité sera bientôt exposée, subit évidemment aussi, d’abord parce qu’il vit dans le secret et la honte, ensuite parce que son père (Bruno Putzulu), un médecin aux valeurs plutôt virilistes et sa mère (Barbara Schultz), une comptable d’abord un peu effacée, sembleront chacun à leur façon incapables de l’accepter.

Une fiction pas pontifiante, qui évite les clichés 

Voilà pour le pitch de ce joli téléfilm, réalisé par Didier Bivel et proposé sur France 2 ce mercredi soir en prime-time. Emmené par de jeunes acteurs talentueux et par un Patrick Timsit investi, peuplé de chouettes seconds rôles (Catherine Jacob et Nicolas Carpentier au lycée, Carole Richert au commissariat), ce téléfilm évite les clichés et le manichéisme. Et à en croire les réactions de la salle lors de sa présentation au Forum des images lundi, composée notamment de militants LGTBQ, il vise juste. Que ceux qui craindraient la tendance du service public à proposer des fictions un brin pontifiantes se rassurent : ici, on ne fait la morale à personne (voilà qui devrait faire plaisir au nouveau président), mais on met le spectateur face à la réalité de la solitude et l’isolement que peuvent ressentir les ados homosexuels, face à la violence morale et physique qu’ils subissent encore, face au fait que les jeunes homos ont plus de risques de tenter ou de se suicider que les ados hétéros ou qui se conforment aux normes de genre. «Baisers Cachés répond en tous points au message que l’on essaie de faire passer : oui, les jeunes ont besoin d’être soutenus, a estimé une responsable de SOS Homophobie présente lors de la présentation du téléfilm. Et non, l’homophobie ce n’est pas une fatalité. On peut changer, évoluer, et ça, le film le montre aussi.» Elizabeth Arnac, la productrice du téléfilm, a engagé le projet au moment des manifestations anti-mariage homo, qu’elle a trouvées «virulentes». Un coup d’œil aux statistiques concernant les homosexuels à l’âge adolescent l’a convaincue de monter un téléfilm sur le sujet. Son espoir : «faciliter la parole dans les classes, dans les familles, pour faciliter les premières histoires sexuelles, les premières histoires d’amour [des ados homos]. Qu’ils ne se sentent pas en danger parce qu’ils ne sont pas» hétérosexuels. Une nécessité pas du tout dépassée : quand Patrick Timsit, qui s’est dit «chambardé» par le scénario, a raconté que son entourage doutait de «l’actualité» du sujet, la salle a éclaté de rire.

Par Kim Hullot-Guiot 

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