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Publié le par STÉPHANE'S BLOGS

Emily Skeggs et Austin P. McKenzie, deux des trois jeunes comédiens de “When We Rise”. (@ABC/Canal+)

Emily Skeggs et Austin P. McKenzie, deux des trois jeunes comédiens de “When We Rise”. (@ABC/Canal+)

Huit ans après “Harvey Milk”, Dustin Lance Black et Gus Van Sant reviennent sur le combat pour les droits des LGBTQ à San Francisco. Bien qu'imparfaite, cette minisérie attachante et politique délivre un message essentiel à l'Amérique de Donald Trump. A voir du 1er au 4 mars sur Canal+ Séries.

La visibilité et la représentation des minorités LGBTQ (lesbienne, gay, bi, trans et queer) s'est considérablement améliorée ces dernières années à la télévision américaine. Outre une poignée de séries centrées sur leur quotidien – Queer as folkThe L Word ou plus récemment Looking ou Transparent – , les personnages LGBTQ sont peu à peu sortis des stéréotypes et ne servent plus forcément de prétextes à rire ou de cautions politiquement correcte. 

Manquait, outre-Atlantique, une série qui puisse revenir sur les années de combats qui ont été nécessaires pour en arriver là. Un travail initié par certaines oeuvres comme la minisérie Angels in America ou le téléfilm The Normal Heart, centrés sur les années 1980 et les ravages du sida ou, au cinéma, par certains films comme Harvey Milk, où Sean Pennincarnait un élu de San Francisco ouvertement gay dans les années 1970. Son scénariste Dustin Lance Black et son réalisateur Gus Van Sant s'attaquent à quarante ans de lutte pour les droits des LGBTQ avec When we rise, lancée lundi 27 février sur ABC, et sur Canal+ Séries dès le 1er mars. Cette minisérie en quatre soirées (1) suit la vie de trois véritables militants de San Francisco, Cleve Jones, Roma Guy et Ken Jones, depuis 1972 jusqu'à aujourd'hui, des premières marches réunissants les communautés féministes et gay jusqu'aux retours des conservatismes des années 2000. 

Trois combats, trois témoins

L'ambition de Dustin Lance Black est de taille : elle vise à poser les bases d'une histoire LGBTQ grand public (lire notre interview du scénariste demain sur Télérama.fr). Il s'agit de donner un aperçu le plus précis possible de la complexité politique de cette histoire – jusque dans certains détails administratifs et techniques – et de sa richesse humaine, en se concentrant sur trois témoins issus de trois militantismes : Roma Guy, humanitaire, s'est engagé dans la lutte féministe; Cleve Jones, rejeté par un père conservateur, a marché contre la guerre au Vietnam; Ken Jones, Afro-Américain, marin vétéran de cette même guerre, a défilé pour les droits civiques. When we rise met en scène leurs combats. D'abord isolés, ils ont du se rapprocher pour que la lutte pour une société plus progressiste ne soit pas seulement une addition de revendications, mais un mouvement global. Elle soulève les dissensions au sein de ce grand mouvement – notamment le refus de certaines féministes de s'allier à des hommes et le racisme d'une partie de la communauté gay – et souligne la lente compréhension d'une nécessaire union.

Portraits croisés

Pour que son récit puisse toucher le plus grand nombre, Dustin Lance Black fait preuve de didactisme, prend son temps – « la courbe de l'histoire est longue, mais plie toujours vers la justice », explique un de ses personnages – use d'archives sur la brutalité de la police et les discours enflammés des anti-LGBTQ. Il insiste aussi sur la dureté des sermons de pasteurs appelants à faire disparaître le « mal » de l'homosexualité et sur la violence des traitements médicaux infligés dans les années 1970 pour traiter ce qui était alors considéré comme une maladie. Les deux premiers épisodes, les seuls qui nous ayons pu voir, se tiennent encore essentiellement à l'écart des enjeux purement politiques : ils naviguent autour du quotidien, des peurs, des rêves de personnages tout juste sortis de l'adolescence. Ils s'appliquent à rendre attachants ces jeunes gens tourmentés, qui affirment péniblement leur identité, à souligner à quel point leurs choix intimes sont liés à leurs combats idéologiques.

La plupart des stars attendues au casting n'apparaitront que dans les épisodes suivants – seuls Whoopy GoldbergRosie O'Donnell et Guy Pearce sont présents dans cette ouverture – mais les jeunes Austin P. McKenzie (Cleve), Emily Skeggs (Roma) et Jonathan Majors (Ken) s'en sortent très bien. Ils permettent à When we rise de débuter comme un portrait croisé de personnages émouvants, complexes, et non comme un simple défilé de vedettes.

Œuvre nécessaire

Les aspirations pédagogiques de Dustin Lance Black alourdissent parfois le récit, forcent quelques dialogues trop explicatifs. Sa série est, narrativement, trop sage. Mais l'énergie de ses personnages, l'émulation humaine et intellectuelle qui les agite, la réalisation lumineuse de Gus Van Sant, au plus près des visages, font de When we rise une minisérie séduisante. Au-delà de ses défauts, elle s'impose d'ores et déjà comme une oeuvre nécessaire en ces temps troubles outre-Atlantique, une leçon d'histoire, un appel à la tolérance, mais aussi à la résistance. Pas seulement à celle des LGBTQ, mais aussi celle de toutes les minorités – « et aujourd'hui nous sommes tous une minorité », explique Black – pour que cessent les divisions et que s'imposent le dialogue et le partage.

Par Pierre Langlais

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